samedi 29 août 2026

 

 « Chomâge technique » : comment la cyberattaque contre l’Éducation nationale perturbe la rentrée scolaire

(  Publié le 24 août 2026 par 01.net )

 

La cyberattaque contre l’Éducation nationale perturbe l’organisation de la rentrée scolaire. Acculé par les pirates, le ministère a été obligé de couper plusieurs outils en ligne par mesure de sécurité. De facto, les proviseurs, chefs d’établissement et enseignants de plusieurs académies françaises se retrouvent au « chômage technique » alors que la rentrée des classes approche à grands pas. Face aux syndicats dénonçant un manque criant de communication, le ministère a organisé plusieurs réunions d’urgence et promet de rétablir les accès dans les plus brefs délais.

Dans le sillage du piratage des impôts, le groupe de hackers ZeroBytes a revendiqué une nouvelle cyberattaque à l’encontre des services gouvernementaux. Cette fois, le groupuscule criminel, composé de deux pirates francophones, affirme avoir compromis l’Éducation nationale. Les cybercriminels indiquent avoir siphonné 43 Go de données, soit près de 346 millions de lignes couvrant plus de deux décennies d’archives, en restant infiltrés dans les systèmes du ministère depuis la fin du mois de juillet 2026.

Après nettoyage des doublons, le gang assure avoir isolé les identités de 1,22 million d’élèves, 4,35 millions de personnels et 602 000 comptes académiques, incluant des données de l’académie de Créteil et de l’ancien système SCONET. Les données auraient été exfiltrées à la suite d’un incident détecté en juillet dernier.

Peu après cette revendication, le ministère de l’Éducation nationale annonçait poursuivre ses investigations au sujet du piratage. Par le biais d’un communiqué, le ministère assurait poursuivre « ses expertises techniques afin d’établir la nature exacte et l’étendue des données exfiltrées », s’engageant à prévenir les éventuelles nouvelles victimes d’une violation de données.

 

Des outils en ligne suspendus à l’approche de la rentrée

Quoi qu’il en soit, la cyberattaque estivale a considérablement compliqué la rentrée scolaire. Comme le rapportent nos confrères du Monde, de nombreux proviseurs et enseignants se sont rendus compte qu’ils n’avaient plus accès à une série d’outils en ligne indispensables à l’organisation de la rentrée des classes, dont leur messagerie professionnelle.

Une montagne d’accès ont apparemment été résiliés à la suite de la fuite de données. Ces coupures ont été décrétées dans le but d’endiguer toute nouvelle attaque et d’éjecter les pirates des réseaux informatiques. Le ministère a en effet mis en place un grand « plan de renforcement de la sécurité de ses systèmes d’information » à la suite des dernières revendications de ZeroBytes. Le gang prétend en effet être toujours caché dans les systèmes informatiques de l’Éducation nationale, à l’insu des mécanismes de sécurité.

« L’accès à des applications métiers a été suspendu pendant l’été pour quelques académies », explique l’Éducation nationale, assurant que les outils« sont progressivement rétablis ». 

 

Parmi les outils désactivés, on trouve le mécanisme des « clés OTP-ODA ». Il s’agit du système d’authentification forte utilisé par l’Éducation nationale pour sécuriser l’accès aux portails professionnels et pédagogiques comme ARENA, I-Prof ou SIECLE. Il combine deux couches de vérification pour éviter des intrusions. Le ministère explique avoir détecté une vulnérabilité dans le fonctionnement du mécanisme. Celui-ci a donc été suspendu à Bordeaux sur ordre de l’ANSSI. Les proviseurs et autres responsables ne pouvaient donc plus se connecter depuis leur domicile aux outils nécessaires à la préparation de la rentrée scolaire.

« Nous n’avons pas accès, par exemple, à l’application qui nous permet de savoir qui sont les enseignants affectés sur nos établissements, ni s’ils partagent leur service entre plusieurs établissements. On travaille donc à l’aveugle sur les emplois du temps, faute de savoir où on peut positionner leurs heures de cours », témoigne Xavier Yvart, proviseur à Bordeaux.

 

Un manque cruel d’informations

En miroir de plusieurs syndicats, les responsables d’écoles regrettent le manque d’informations du ministère. Tandis que la rentrée scolaire approche à grands pas, Agnès Andersen, responsable du syndicat de chefs d’établissement ID-FO, souligne que les chefs d’établissements n’ont reçu « aucune information de la part du ministère sur ce qu’il se passe réellement ».

Toutes les écoles ne sont pas touchées de la même manière, car « chacune des 30 académies possède des systèmes de sécurité différents et n’applique pas le même niveau de verrouillage, le temps de procéder aux vérifications et à la mise en sécurité nécessaires », souligne François Resnais, secrétaire national du SNPDEN-UNSA. Gérard Heinz, chef d’établissement à Cholet (Maine-et-Loire) et membre de l’exécutif du syndicat des personnels de direction SNPDEN-UNSA, parle même de « chomâge technique ».

À la suite de plusieurs réunions d’urgence, le ministère s’est engagé à relancer toutes les applications nécessaires à la rentrée scolaire dans les plus brefs délais. Les outils doivent progressivement être remis à disposition des proviseurs et des enseignants à partir de ce lundi 24 août 2026. Pour rappel, la rentrée scolaire est prévue le mardi 1ᵉʳ septembre 2026.

 

vendredi 28 août 2026

jeudi 20 août 2026


 


 

Le vrai danger qui menace les victimes du piratage du fisc

( de « Comment ça marche « – août 2026 )

La Direction générale des finances publiques a confirmé un vol massif de  données fiscales de contribuables. Mais au-delà des risques habituels  d'arnaques numériques, ce piratage expose les victimes à un danger bien  plus grave..

L'affaire fait la Une des médias depuis quelques jours. Fin juin 2026, un cybercriminel opérant sous le pseudonyme ZeroBytes a réussi à s'introduire dans les systèmes internes de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) via un VPN compromis. Le hacker a ainsi pu consulter et extraire les données fiscales de quelque 680 000 contribuables français depuis le portail impots.gouv.fr (voir notre article). La DGFiP a officiellement confirmé l'intrusion le 14 août, en s'engageant à contacter individuellement les personnes concernées par mail ou par courrier. Pour les particuliers, le pirate a obtenu les noms et prénoms, le quotient familial, le revenu fiscal de référence et le taux de prélèvement à la source. Il sait donc globalement ce que les victimes gagnent. Mais aussi où elles habitent, grâce à leur adresse postale.

Les premiers dangers mis en avant par les autorités sont ceux du phishing classique. Comme il se doit, la DGFiP met en garde contre les appels et messages se présentant comme venant des impôts et invitant à communiquer des coordonnées bancaires ou des codes de connexion. Des experts recommandent également de surveiller les comptes bancaires et de consulter le fichier national des comptes bancaires Ficoba pour vérifier qu'aucun compte n'a été ouvert au nom des victimes, par usurpation d'identité. Des précautions classiques et légitimes, mais qui n'évoquent qu'une partie du problème.

Car le vrai danger, moins médiatisé, est d'une tout autre nature. Et bien plus grave. En effet, l'association d'un revenu élevé et d'une adresse précise peut intéresser des réseaux de cambriolage ou de délinquance organisée. Un fichier qui croise revenus fiscaux et adresses physiques est exactement ce dont ont besoin des criminels qui ciblent méthodiquement les foyers aisés. Des experts tels que Clément Domingo, hackeur éthique et spécialiste en cybercriminalité, et Jonathan Spedale, fondateur de l'entreprise de lutte contre les fraudes Cyber Moustache, craignent en effet que des criminels se servent des données qui ont été dérobées pour cibler et agresser des personnes fortunées,.

 

Ce scénario n'est pas une simple crainte théorique. Ces dernières  années, plusieurs affaires criminelles en France ont suivi exactement ce  schéma. Des pirates ayant accédé aux fichiers de plateformes de  cryptomonnaies ont revendu les données à des réseaux criminels, qui ont  organisé des cambriolages et des séquestrations ciblées contre des  détenteurs de portefeuilles numériques identifiés, dans conditions  parfois très violentes avec des prises d'otages. Des clubs de tir ont  également été victimes de piratages, dont les fichiers ont ensuite servi  à localiser des propriétaires d'armes légales avec des vols organisés à  la clé. La logique est identique : une base de données bien renseignée  se transforme en carte au trésor pour malfaiteurs.

Une seconde revendication, non confirmée à ce stade, évoque en plus  le vol de données cadastrales associées à des propriétaires de biens  immobiliers. Si cette fuite complémentaire était avérée, elle  permettrait de croiser revenus, adresses et patrimoine immobilier avec  une précision inédite – une cartographie fine des ménages les plus  aisés, bien au-delà de ce que permettent les sources publiques.

 

Face à ces risques concrets, quelques réflexes s'imposent au-delà de  la vigilance numérique habituelle. Le site impots.gouv.fr n'a pas été  compromis dans son accès pour les usagers : inutile de changer votre mot  de passe en urgence. Le risque réel est ailleurs.

Si vous figurez parmi les contribuables concernés et si votre revenu  fiscal de référence est élevé, signalez-le à votre assureur habitation  pour renforcer votre contrat. Vérifiez que les accès à votre logement  (serrures, portes, fenêtres…) sont sécurisés et éventuellement que votre  système d'alarme est bien fonctionnel. Soyez aussi très attentif aux  allées et venues inhabituelles ‑ elles peuvent indiquer un repérage –   et méfiez(vous des inconnus qui se présentent à votre domicile, surtout  s'ils semblent connaître des détails sur votre situation financière.  Sans tomber dans la paranoïa, la prudence doit être la règle, pour vos  biens comme pour vos proches.